#CITYTEST AU BONHEUR DES DAMES | FILLES DECHAÎNÉES

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Au bonheur des dames est le nom d’une soirée qui anime depuis déjà 10 ans la nuit Parisienne, le BDD, comme l’appellent les habitués et les rois du hashtag, est un rendez vous essentiel pour les filles et les garçons à particules qui a lieu chaque Jeudi aux Planches. Invité dès la première partie de soirée, pourtant réservée aux filles, c’est avec beaucoup d’enthousiasme et un poil d’excitation que je me suis dirigé Jeudi dernier vers la très chic boîte du 8ème arrondissement.

Une soirée dans le 8ème, ça se prépare, donc pour marquer le coup je me brosse les dents et  j’enfile chemise, blazer et pochette assortie, puis je file, looké comme un présentateur télé, vers LE point de rendez vous de toutes les filles qui vont s’encanailler au BDD, à savoir devant le Disney store des Champs-Elysées, où je dois retrouver ma vieille copine Emma, une ex grande habituée qui sera chargée de m’escorter pour la soirée. Emma est une gentille fille au look soigné qui ne sort que très rarement depuis qu’elle ne pratique plus l’alcool mondain. En parcourant la longue rue du Colisée, Emma me donne ce qu’elle croit être les clés pour mieux comprendre la soirée, je ne suis pas sur d’avoir besoin ou envie de comprendre, mais je l’écoute néanmoins, distrait par les néons des restaurants chinois qui égaient notre trajet.

Nous arrivons devant les Planches ou patientent déjà un grand nombre jeunes filles au look uniforme directement inspiré par une production Marc Dorcel. Le physio m’accueille poliment, il aura été prévenu de l’arrivée d’un grand journaliste d’investigation par Anne-Sophie, mon contact, qui est aussi la directrice artistique de la sauterie et qui a su titiller ma curiosité en me parlant de l’évènement de ce soir, à savoir une mise aux enchères de beaux garçons, l’uns des nombreux concepts explorés chaque semaine par l’équipe du BDD.

Ça fait donc 12 ans que je ne suis pas allé aux Planches, et une certaine nostalgie m’envahit en descendant les quelques marches menant au cœur des débats, je me remémore dans le désordre les galoches roulées à des inconnues sur les banquettes, le retentissement de la sirène lancée par le DJ, les premiers afters sans fin, l’argent de la cantine que j’économisais pour payer mon entrée ou les promesses d’amitié évaporées.

Tout est fait pour parer aux moindres désirs des invitées, un atelier coiffure est installé près du fumoir, et l’open bar est assuré par de jeunes éphèbes torse nu échappés de la boutique Abercombie & Fitch toute proche, un buffet haricots vert/poulet rôti est proposé (trop healthy pour wam), suivi d’une énorme bassine de mousse au chocolat, je récupère un verre de mousseux cuvée Veuve Arnaud, puis je salue Anne-Sophie, qui me reconnait immédiatement, ce qui me semble logique étant donné que je suis le seul homme présent dans l’établissement à ce moment là, très professionnelle, elle me présente le déroulement de la soirée et je la rassure en lui disant que je saurai rester discret afin de ne pas perturber les quelques 300 jeunes filles venues s’amuser ce soir. En préparant mon article, j’avais peur de passer pour un loup dans la bergerie, mais en fait, pour rester dans l’expression ringarde, j’ai plus agi comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. En effet les filles semblent étonnées de me voir là, parmi elles, je me cherche donc un endroit discret et je sors mon carnet et un stylo afin d’avoir un peu plus de contenance.

C’est pile à ce moment là que je fais la rencontre de Sam, le DJ officiel de la soirée, un vieux de la vieille de la nuit Parisienne tout de cuir vêtu. Musicien avant tout, Sam est un artiste tatoué qui se refuse à passer du Rihanna et du Beyoncé pour satisfaire la nouvelle clientèle du BDD, cigare à la bouche, il me dit regretter l’époque où la moyenne d’age de la soirée était plus élevée et où les invités étaient un peu plus haut de gamme, mais il se prête à l’exercice chaque Jeudi avec professionnalisme, avant, peut-être, de s’envoler vers une destinée plus propice à mettre son grand talent en avant. Ce soir, Sam sera la présentateur de l’animation “mise aux enchères”, et il doit me quitter pour aller écrire ses textes de présentation, “j’ai étudié 2 ans aux cours Florent”, me dit il, comme pour me rassurer sur le fait qu’il sera parfait dans l’exercice.

Avant de retourner vers sa cabine, Sam me présente une jeune fille : “Joan, je te présente Inès, tu vas voir, c’est la fille qui a les plus beaux seins de la soirée”. Ok, je veux bien vérifier. En me faisant la bise, je respire son parfum aux effluves adolescentes, puis je tache de ne pas détailler sa poitrine moulée par son top crocheté qui laisse deviner une lingerie noire, et je lui pose mes premières questions. Inès a 19 ans ( “mais j’ai 20 ans dans pas longtemps” me dit-elle) et à entamé sa deuxième année d’économie en Septembre dernier, période qui coïncide avec sa découverte du BDD. Depuis, cette jolie brune aux yeux bleus vient chaque Jeudi, en groupe de copines, histoire de rigoler et mater les beaux garçons, originaire de Caen, elle est une passionnée de politique, et elle croit très fort au destin national de Dominique de Villepin, “quelqu’un avec une vraie stature d’homme d’état”, je lui demande comment Sam peut si bien connaitre sa poitrine, et elle me confie, les joues rougies par la honte, qu’il ne s’est jamais rien passé avec lui mais que quelques semaines plus tôt, alors qu’elle avait un peu trop abusé des boissons, elle avait retiré son petit haut et s’était retrouvée au milieu du dance-floor en soutif. “Mais tu sais, je n’agis pas comme ça normalement, c’est pas un truc que je referai”. Dommage.

C’est au moment où je sens que la discussion pourrait devenir plus croustillante qu’Emma nous interrompt, je crois deviner dans son attitude une certaine jalousie envers la jeune Inès, en qui elle doit voir un miroir avec 10 ans de moins, et les quelques questions qu’Emma lui pose font fuir la jeune fille.

Posée dans le fumoir, Emma se rappelle des mecs qu’elle allait michetonner pour se faire offrir à boire et qu’elle abandonnait une fois sa coupe avalée, elle se rappelle des heures de préparation passées avec ses copines, où chacune se devait d’être la plus belle et la plus sexy possible, elle se rappelle de la fois où un strip-teaseur lui avait mis tous ses attributs sous le nez, elle se rappelle avoir été mise en avant dans la vidéo de présentation du BDD, elle se rappelle aussi avoir été une des reines de cette soirée, je la trouve touchante, son regard est empreint de nostalgie lorsqu’elle me regarde avec ses yeux vert. En expirant la fumée de sa Vogue, Emma regarde les autres filles qui pénètrent dans le fumoir, face à nous, deux garçons en costume de bonne confection, certainement des amis de l’organisation, sont installés et détaillent chaque nana, guettant un regard les invitant à faire mieux connaissance. Ça n’a pas l’air de très bien marcher, car ils sont esseulés sur les banquettes, aucune jeune fille n’étant installée à moins de 2 mètres d’eux, jusqu’à l’arrivée d’une jolie brune à robe courte laissant deviner des bas noirs. Elle cherche du feu, le plus gras des deux dégaine son briquet pour l’aider à satisfaire son envie de nicotine, flattée, elle s’installe près d’eux. Le gros tache d’entamer la discussion, son ami, bien plus séduisant, ne dit rien, mais à ses yeux plantés dans ceux de la jolie brune. La parade amoureuse fait toujours des déçus, mais le tube de Joe Cocker “you can leave your hat on” annonce le début de la grande animation du soir, la mise aux enchères de bellâtres, ce qui m’empêchera de connaître le dénouement de la parade des Paons.

Les filles, surexcitées, sont rassemblées autour du dancefloor qui fait office de scène, Sam, que je ne prenais pas trop au sérieux tout à l’heure, agit comme un bateleur et je me dis qu’avec sa gouaille, il aurait largement sa place en tant que présentateur du Juste Prix ou sur un stand charcuterie d’un marché Parisien, tant il participe grandement à la galvanisation des foules, le premier lot, que Sam annonce comme directement importé du Brésil s’avance au milieu de la piste, et je suis déçu. En effet, point de garçon choisi dans la rue, il s’agit tout simplement du Barman qui m’a servi ma coupe de mousseux en début de soirée. Je m’attendais à pouvoir me présenter afin de me soumettre au bon vouloir des jeunes filles et tester mon sex-appeal, mais la mise aux enchères n’est qu’une mascarade, les billets  étant imprimés aux couleurs du BDD. Nous sommes rue du Colisée, et ça tombe bien, tant j’ai l’impression que les hommes sont des gladiateurs soumis au vote de la plèbe Romaine. Les filles jetant des billets sans valeur, la gagnante est sélectionnée par Sam qui a l’air de prendre un malin plaisir à choisir la plus moche. Gagnante qui aura droit à une soirée passée avec un beau garçon et à une bouteille offerte, pas mal, ça lui fera une anecdote à raconter demain lorsqu’elle retournera au lycée. Vient enfin le lot final, un bellâtre ultime aux fossettes saillantes et aux abdominaux parfaits, les filles, dont l’excès d’hormones suinte autant que la cyprine dans une production Jacquie & Michel, sont déchaînées, et bien vite, 2 restent en lice pour remporter l’enjeu. Une jolie blonde portant un pantalon à imprimé dégueulasse, et… Inès, la jeune fille rencontrée plus tôt. Sam joue parfaitement son rôle et leur demande ce qu’elles seraient prêtes à faire pour gagner, la blonde se frotte au beau brun telle une Beyonce du 9-4 mais se fait vite rembarrer par l’animateur, la brune, elle, n’en peut plus, surexcitée par les cris des autres convives, elle retire lentement son top crocheté, puis fait glisser les bretelles de son soutien gorge, laissant presque apparaître sa lourde poitrine pourtant post-adolescente. Les Iphone sont de sortie, et tout le monde immortalise ce moment désormais culte, moi compris.

23h30, les portes s’ouvrent aux hommes, et je préfère quitter les lieux de peur d’être débordé par un torrent d’excitation, je m’attendais en effet à une pyjama party sexy entre filles apprêtées, et je me suis retrouvé, sans déplaisir aucun, au milieu d’un porno soft avec gang bang inversé.

Mon caban sur les épaules, j’abandonne Emma à ses amis, et je tente de m’éviter une crise de priapisme et la perte de mon audition en avalant un burger tout sec au Quick des Champs Elysées. Posé dans la salle, je dégaine mon smartphone, me connecte sur la fanpage du bonheur des dames, fais défiler les photos avec une seule idée en tête, retrouver la jeune Inès.

Friend request sent.

Citytest réalisé par Joan

Au bonheur des dames
Chaque jeudi aux Planches
Rue du colisée
75008 Paris

Un grand merci à Anne-Sophie et son équipe pour l’accueil.



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