#CITYTEST HOTEL AMOUR | ET L’ADDITION, C’EST POUR QUI ?

VIGNETTE CITYTEST copy

Bon, je crois que j’ai une meuf.

En effet, je revoyais Elisabeth, la fan de tisane que j’avais rencontrée sur Tinder il y a quelques temps et qui m’avait mis un vent le premier soir. C’était d’ailleurs probablement la seule raison pour laquelle je la fréquentais toujours, même si je n’avais jamais compris ce délire chez les nanas. En effet, pourquoi, alors qu’elle se disait attachée à moi, avait elle refusé mes avances le premier soir, alors que je savais pertinemment que des garçons n’avaient eu qu’a lui payer un coup en boite pour la sauter.

Faisant fi de mes interrogations pourtant légitimes, je la voyais de temps à autre, la plupart du temps chez elle, et je lui faisais la cuisine pour faire passer la pilule sur mon comportement parfois imbuvable. Le genre de plats facile à faire mais qu’elle croyait techniques parce que je faisais du bruit avec mon couteau en découpant les aliments et que je prenais un air absorbé au moment où je rectifiais l’assaisonnement. Elisabeth était une chic fille,  et ce, même si elle était fan de Bénabar, qu’elle portait souvent des ballerines et qu’elle avait cette sale manie de me proposer des “petits weekends”. M’avait elle bien regardé ? Est ce que j’avais l’air d’être le genre de mecs qui porte des bermudas à l’ile de Ré ? Toutes ces choses suscitaient en moi un doute sur sa coolitude, mais, comme pour me rassurer sur ce sujet, je regardais la marque de ses vêtements dans son placard pendant qu’elle prenait sa douche. Elisabeth était donc une chic fille et nos débats, plus que nos ébats, étaient passionnés. En effet, Elisabeth avait un gros défaut, elle était féministe.

Ses prises de position étaient parfois extrêmes, et je me doutais qu’il en faudrait peu avant de la voir s’agiter, nichons à l’air, dans une église ou à un meeting du FN pour défendre la cause des femmes. Comme si les pauvres avaient besoin de ça. Je ne comprenais d’ailleurs pas à quel moment ce combat était devenu important pour elle, mais comme elle avait de gros nichons, je m’en foutais. Le respect des droits de la femme était devenu un combat quotidien qu’elle ne manquait pas de  partager avec moi. Par contre, il y a un truc qu’elle ne partageait jamais, c’était l’addition, qui était systématiquement pour ma pomme.

Alors attention, je ne suis pas radin. Issu d’une famille méditerranéenne et élevé majoritairement par des femmes, on m’a bien appris que celui qui devait, en plus d’ouvrir la porte aux dames, sortir le portefeuille, c’était l’homme. Malgré tout, j’appréciais de temps en temps qu’une fille m’invite, ou qu’elle fasse au moins mine de sortir son porte monnaie afin que je puisse me valoriser en disant “Laisse poupée, c’est pour moi”. Car oui, l’intention compte autant que l’acte dans ces cas là.

Avec Elisabeth, ça ne se passait pas comme ça. Ciné, resto, musée, c’était toujours à moi de mettre la main à la poche. Je tâchais de temps à autre de lui faire remarquer que si les femmes voulaient avoir les même droits que les hommes, il fallait qu’elles s’acquittent des même devoirs. Comme celui, par exemple, de payer l’addition. A ce moment là, elle me caressait la joue de sa main à la peau de porcelaine et me disait “Mais Joan, c”est le rôle de l’homme ça”. Mon cul !

Elisabeth m’avait proposé de célébrer nos 1 mois de relation à l’Hôtel Amour, ce fameux établissement branché proche de Pigalle. J’avais déjà eu l’occasion d’y passer quelques soirées pour des anniversaires ou des événements privés, mais je n’avais pas vraiment été transcendé. Parce qu’en plus de ne proposer qu’une cuisine bistro vaguement revisitée (quand je dis revisitée, il faut comprendre que les portions sont plus petites que dans un bistro normal) et bien le restaurant de l’Hôtel amour est bigrement cher. Et connaissant la propension de ma “copine” à ne jamais dégainer sa carte bleue, bah, j’avais déjà mal au cul, et ce, avant même de tester ses nouveaux sextoys.

Oh et puis merde, faut quand même se faire plaisir dans la vie. Du coup, ce soir, ce sera entrée, plat, dessert, le tout arrosé d’un coca millésimé du plus bel effet !

Prends ce que tu veux ma chérie, c’est un grand soir !

En entrée, je me laisse tenter par les “petites sardines”… Je n’ai qu’un mot à la bouche, bravo ! Bravo au chef qui a su ouvrir la conserve ! Un travail d’orfèvre, et pour seulement 11€50 autant dire, pas cher payé pour une boîte de sardines à l’huile, servie avec du pain grillé.

Pour le plat, je m’oriente sur la saucisse grillée d’Emmanuel Chavassieux, le roi de la saucisse. C’est bon, c’est bien grillé, c’est une saucisse à 18€ quoi.

Pour le dessert, place à la tarte aux fraises (10€). Un peu chiche dans les portions, mais j’ai l’habitude dans ces restaurants dits “branchés” elle est plutôt savoureuse. Le sablé est réussi, les fraises sont bonnes, enfin voilà quoi.

Elisabeth quant à elle, s’est fait plaisir. Elle n’a pas regardé les prix et a même arrosé son repas d’une bouteille de champagne. Bien lui en a pris, car en effet, ce soir, et même si elle ne le sait pas encore, c’est elle qui va payer l’addition qui, justement, vient d’arriver.

Une minute passe, puis deux. Au bout de cinq, Elisabeth baille et me dit “je commence à avoir sommeil, tu sais” Je sais. 10 minutes plus tard, elle file aux toilettes. Le serveur commence à s’impatienter mais moi, j’ai tout mon temps. Ce soir, il n’est absolument pas question que je règle la note, et de toute façon, j’ai pas le budget pour, mon dernier salaire ayant été dépensé en 24 heures sur Amazon (c’est pour dire si je gagne bien ma vie). Finalement, après une bonne demie heure à se regarder sans piper mot, Elisabeth, me propose généreusement de “partager la note”. J’crois pas non. J’avais mis le temps mais j’avais enfin compris, Elisabeth n’était pas féministe, elle était seulement radine.

Si j’avais du payer le repas, j’aurais trouvé ça cher payé moi, de dîner à l’Hôtel amour. Mais si, comme moi, vous avez la chance de vous faire inviter, foncez, ça vaut le coup !

Citytest réalisé par Joan

L’Hotel Amour
8 rue de Navarin
75009 Paris
01 48 78 31 80