#CITYTEST PASTAS PARTY | DOUBLE PENNE

VIGNETTE CITYTEST copy

Je sais pas vous, mais moi, j’adore les pâtes. Genre je pourrais limite m’en taper à tous les repas. En plus, ce qui est cool, c’est que c’est facile à faire, rapide, et relativement équilibré à condition de ne pas les noyer sous une tonne de sauce et de fromage râpé. Bon et puis, les pâtes, c’est vrai que c’est le plat typique du célibataire. Et ça, les responsables de la “pastas party” l’ont bien compris. Du coup, chaque dimanche, ils organisent des dîners pendant lesquels de fringants célibataires nouent connaissance autour d’un bon plat de pâtes.

Convié à participer à l’un de ces dîners par Audrey, la sympathique attachée de presse de l’agence Zmirov, c’est d’un pas hésitant que je me dirige vers le “Tivoli”, un restaurant Italien du 9ème arrondissement. Et si j’hésite, c’est pas parce que je suis timide. Si j’hésite, c’est parce que les quelques critiques que j’ai pu lire sur Yelp ou Trip Advisor m’ont totalement désaucé. Moi qui avait bien pris soin de ne pas trop manger à midi histoire de me remplir le bidon tranquilou, bah c’est râpé…


Le dîner annoncé à 19H30 précises, c’est avec pas loin d’une demie heure de retard que je pénètre dans le Tivoli. Je m’attendais à une gargote avec des nappes à carreaux, bah en fait, la déco, ça va, on dirait un club échangiste qui sentirait le pesto alla genovese plutôt que la chaussette Armand Thierry. Mon nom coché sur la liste, je tire un petit papier dans une corbeille, sur lequel est inscrit le nom de mon “référant” pour l’apéro, Bertrand. Le référant est un habitué de la pastas party qui fait profiter les novices de son expérience en échange d’une petite ristourne sur le ticket d’entrée. Parce que ouais, la pastas party n’est pas gratuite, pour profiter d’un verre de punch et d’un repas italien traditionnel, il faut s’acquitter de la somme de 41 €. Soit, mas o menos, mon budget annuel en féculents.

L’apéro est sympathique, il y a beaucoup de monde à vrai dire. Les gens discutent en petits groupes et leur référant est là pour lancer les sujets, et animer au mieux ce grand moment. J’en profite donc pour faire plus ample connaissance avec lui.

A 28 ans, Bertrand est marseillais. Installé à Paris depuis 2 ans, son job d’informaticien ne lui permet pas de faire beaucoup de  rencontres féminines. Ce grand blond aux faux airs de Jack Black est souriant, mais semble un peu nerveux, si j’en crois les quelques gouttes de sueur qui perlent sur son front. J’avais dans l’idée de passer cette soirée sous couverture et ne pas dévoiler mon identité, mais en regardant les autres convives je comprends bien vite que peu importe ma fausse identité, personne ne sera dupe et saura bien vite que je ne suis pas Jean-Marc, 29 ans, représentant en charcuterie dans le 95. N’est pas Clark Kent qui veut. Du coup, je la joue franc jeu avec Bertrand et lui annonce que je suis un “journaliste en infiltration”.

Je m’en doutais ! Tu poses beaucoup trop de questions pour être honnête !

Bah merde alors, pour mes enquêtes en infiltration dans la mafia Serbe, on repassera hein…Finalement, il se détend et consent à répondre à mes questions. Nos échanges sont fluides mais Bertrand se raidit à nouveau quand je lui demande s’il a déjà pécho lors d’une pastas party.

C’est pas le but, moi je suis pas là pour ça. Si je suis venu, c’est pour faire des rencontres et élargir mon cercle d’amis” Genre.

Vient le moment du dîner. Je m’installe à la table “Farfalles”, où 6 autres invités sont déjà installés. Les 3 nanas déjà assises loin d’être à mon goût, il ne me reste plus qu’à noyer ma déception dans le rosé. Sachant que je ne bois jamais d’alcool à table, je vous laisse imaginer mon degré de dépit à ce moment là. Il y a là un nouveau référant, un mec qui me dira son prénom plusieurs fois et que j’oublierai aussitôt. Il prend son rôle très au sérieux, et, désireux de lancer les débats, il déclare, après avoir éclairci sa voix bruyamment.

“Je suis Jacques, votre référant, je vous propose, afin d’être plus original, que tout le monde se présente non pas en indiquant son métier, mais plutôt en présentant ses passions. Par exemple, moi, j’aime le volley-ball, ma famille, et aller au cinéma”

“Sérieux ! Tu aimes aller au cinéma ? Mais c’est super rare comme passion mec!” Ne puis je m’empêcher de lui dire.

Ça sera mon premier bide de la soirée. Les autres participants se présentent, l’un après l’autre, de manière très mécanique.

Voici Liliane, une jeune femme sans âge qui pourrait aussi bien avoir 20 ans que 50. Elle bosse dans la finance, un job inintéressant au possible dans lequel elle doit porter des tailleurs gris. Elle est discrète, mais elle nous annonce qu’elle a déjà un petit garçon qu’elle adore (le contraire serait flippant) et qu’elle a une grande passion pour la lecture. Divorcée, elle participe à sa première pastas party. Je lui demande si elle est là pour pécho, moment de silence puis elle me dit “Je suis là pour rencontrer des gens avant tout”. Décidément.

Nicolas, lui, a 34 ans et vit dans le 94. Technicien SNCF, il est déjà père de 2 petites filles. Il participe lui aussi à sa première pastas party mais il est par contre un fin connaisseur des différents sites de rencontre. Nicolas aime la musique, il écoute Muse, Daft Punk et Pharell Williams. Autant dire qu’il écoute la radio quoi, ça ira plus vite. S’il est venu ce soir c’est parce qu’il a envie d’élargir son cercles d’amis et de se lier avec une femme qui acceptera qu’il soit déjà papa.

A coté de moi, il y a Katia, une antillaise discrète qui a passé sa soirée à rire sous cape. Elle ne dira rien de tout le repas, tout juste puis je entendre qu’elle bosse dans le tourisme. Bah c’est cool pour elle.

En face de Katia, il y a Rose, une rouquine fadasse aux dents mal entretenues et dont je trouve le visage étrange. En effet, Rose n’a pas de menton, du coup, on passe directement de la lèvre inférieure à son cou. Son profil est donc absolument dégueulasse. Mais peu importe, Rose est sympathique, souriante, et en plus, elle sent bon. Rose aime le cheval, les voyages et voir ses amis. Genre elle a des amis.

Face à moi, Christophe, 28 ans, gazier dans le 94. Je lui demande si le gaz a toujours été une passion et si c’est la raison pour laquelle il a voulu en faire son métier, mais il ne comprend pas ma vanne et me dit que non, lui, ce qu’il aime, c’est le foot. Christophe est fraîchement célibataire, et il a la dalle. Il est inscrit sur TOUS les sites de rencontre, mais ça ne marche pas trop, apparemment. Christophe, dès le premier mail, demande aux jeunes femmes s’il peut les voir et si elles ont un “06”. Maintenant je comprends pourquoi.

Arrive mon tour, et finalement, je la joue franc jeu en divulguant à tout le monde la vraie raison de ma présence. Me moquer d’eux. “Tu diras pas mon vrai nom hein” me susurre Liliane. Bah non t’inquiète, c’est pas mon genre.

En avalant mon plat de pâtes, je regarde les autres tables avec envie. Ça et là, des gens qui rigolent, des gens qui échangent, des gens qui font du bruit. A la table Farfalle, on déguste son plat en silence tout en regardant dans le vague et en répondant mollement aux questions que le référent pose.

Bah dis donc, maintenant je comprends pourquoi vous êtes tous célibataires” dis je

Grand froid.

Pendant le repas, tous me diront la même chose : “C’est pas facile de faire des rencontres à Paris. On passe la journée au travail, ensuite on rentre en métro, on fait ses courses, puis on rentre. A la limite, de temps en temps on voit ses amis pour boire un verre mais c’est tout.

Je fulmine et je ne peux m’empêcher de leur dire :

Moi j’ai un théorie, c’est facile de faire des rencontres à Paris, mais faut juste être un peu plus débrouillards que vous ne l’êtes. Par exemple, quand t’es au travail, bim, tu dragues la secrétaire, quand t’es dans le métro, hop, tu branches la meuf qui lit le bouquin d’Anna Gavalda qui te fait face. Quand tu fais tes courses et que tu vois une bonasse qui a l’air perdue au rayon des plats surgelés, tu vas la voir et tu lui proposes de lui préparer un plat chez toi. C’est facile putain, c’est vous qui êtes mous !

Tous me regardent d’un air entre l’incompréhension totale et la colère. Le moment idéal que choisissent les organisateurs pour lancer un jeu censé réchauffer l’ambiance. Et c’est plutôt réussi, tout le monde se lève, se parle, tache d’échanger de précieuses information afin de répondre du mieux possible au quiz proposé. Je tache de jouer le jeu en restant assis et en donnant de mauvaises réponses aux tables “ennemies ». Je les regarde s’agiter, rassuré de voir que la soirée prend, et que les gens se lient. Je vois Christophe échanger son numéro avec une grande brune au nez porcin, Bertrand, mon référent pendant l’apéro, est lui en train de rire aux éclats avec une petite blonde boudinée dans sa robe en satin.

J’avais quelques doutes en arrivant, mais finalement, la mayonnaise prend. Conscient de ne pas être à ma place, j’ai tâché de jouer le jeu du mieux possible, et je ne le regrette pas parce que dans le fond, j’ai bien rigolé et pas si mal mangé. Est ce que j’ai pécho ? Mais je n’étais pas là pour ça, évidemment !

Citytest réalisé par Joan

Retrouvez les infos de la pastaspaty sur leur site internet.